Titre
Les cagots d'Aubiet et ceux du Gers
n° 27

Quelle est l'histoire des Cagots d'Aubiet et du Gers ? :

cagot Arreau

Les Cagots sont des hommes et des femmes qui, du XIème au XIXème siècle, ont été tenus à l’écart des autres. Ils étaient accusés de porter et de transmettre la lèpre. Des hommes et des femmes ont été méprisés pendant plusieurs siècles à cause de cette croyance.
Ces personnes rejetées formaient des petites communautés qui n’avaient pas les mêmes droits que les autres. On trouve des traces de leur présence à Aubiet et dans de nombreux villages du Gers.

A l’origine, qui étaient les Cagots?

Au début, les Cagots étaient des anciens lépreux qui se regroupaient et formaient des communautés proches des bourgs. Le phénomène des Cagots a commencé au XIème siècle. A cette époque, les gens vivaient dans la peur des maladies.

Comment avez-vous su qu'il y avait des Cagots à Aubiet ?

panneau Panneau2
A Aubiet, il y a un lotissement qui s’appelle « les Mèstres ». « Les Mèstres » était un des noms donné aux Cagots, car ils ont été considérés comme des Maîtres dans le travail du bois. C’est à cet endroit, dans un hameau, que les Cagots d’Aubiet vivaient, sur la rive gauche de l’Arrats, séparés du village par la rivière.

Mais alors pourquoi trouve-t-on des indices sur la présence des Cagots seulement dans notre région ?

Hé oui, pourquoi le phénomène des Cagots s’est-il installé seulement dans le Sud-Ouest, en Gascogne, dans le Béarn et le Pays Basque, alors que la lèpre frappait partout ? Dans son livre, monsieur Loubès donne une explication : au tout début, il est possible que les lépreux aient formé des communautés.

Ensuite, dans ces hameaux, d’autres personnes qui suivaient les chemins qui allaient en Espagne vers Saint-Jacques de Compostelle, sont venues s’y installer. Sur les quatre chemins qui mènent en pèlerinage à Saint-Jacques, deux traversent le Gers. Et un des deux passe tout à côté d’Aubiet.

Chemins de St-Jacques

Mais au fait, qu’est-ce qu’un lépreux ?

Un lépreux est une personne qui est atteinte de la maladie de la lèpre. Cette maladie provoque des déformations. C’est pour cela que les anciens lépreux sont parfois défigurés, ils peuvent aussi perdre une partie des mains. Cette maladie faisait donc très peur. Certains lépreux ont même été massacrés, comme en 1320 dans le pays toulousain.

Autrefois on pensait que cette maladie était héréditaire, c’est-à-dire qu’elle se transmettait des parents aux enfants. On pensait aussi que le contact avec un ancien lépreux pouvait provoquer la maladie.

La lèpre a toujours existé mais des épidémies importantes se sont développées aux XIIè et XIIIè siècles. C’est à cette époque que sont apparues les léproseries et les crestianies dans lesquelles on accueillait les malades. Il y a eu des léproseries et des crestianies à Aubiet, Saint Sauvy, Gimont, Mauvezin et dans de nombreuses communes du Gers. Il a fallu attendre 1873 pour découvrir le microbe qui provoque la lèpre : il s’agit du bacille de Hansen.

Lépreux

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à ce sujet ? 

carte Aubiet

Parce que nous sommes allés en classe verte à Arreau et que nous y avons vu la statue d’un Cagot. Il existe même un musée dans cette ville. Nous, on ne connaissait pas leur existence.

Une dame qui nous accompagnait nous a prêté un livre, « L’énigme des cagots », écrit par Gilbert Loubès. Dans ce livre, on a découvert qu’il y a dans notre village un lieudit qui s’appelle « les mèstres » où ont vécu des Cagots.

Ce lieudit est devenu le nom d’un lotissement. Si ce nom n’avait pas été conservé, nous ne connaîtrions peut-être pas cette histoire.

Pourquoi les Cagots travaillaient-ils le bois ?>>>>>

Sans doute parce que le bois avait la réputation de ne pas transmettre la lèpre. Savez-vous qu’aujourd’hui encore, en Afrique, les anciens lépreux fabriquent des corbeilles en bois qu’ils vendent sur les marchés ?

Au fil du temps, cette croyance a conduit les Cagots à se perfectionner dans le travail du bois. Ils sont devenus bûcherons, menuisiers, tonneliers, charpentiers. On faisait appel à eux pour les ouvrages les plus difficiles ou les plus dangereux.

Ils ont acquis une telle maîtrise dans le travail du bois qu’on les considérait comme des « maîtres » et, plus tard, on les appellera couramment « lous mèstres » ou « les charpentiers ».

Quelles étaient les croyances sur les Cagots ?>>>

Il y a eu beaucoup de fables et de légendes racontées sur les Cagots. Toutes les croyances laissaient penser qu’ils étaient différents des autres, qu’ils étaient dangereux et donc qu’il fallait s’en méfier et les tenir à l’écart. On peut dire qu’ils ont souffert de racisme. 

Par exemple, il était courant de penser que les Cagots faisaient jaunir l’herbe s’ils la piétinaient pieds nus. Ou bien qu’ils avaient les lobes des oreilles collés à leurs joues, ou encore qu’ils avaient une haleine fétide.

Même Ambroise Paré, un grand médecin de la Renaissance, affirmait qu’une pomme tenue dans la main d’un Cagot pendant une heure se desséchait comme si elle avait été exposée au soleil pendant huit jours.

Qu’interdisait-on aux Cagots ? >>>>>>>>>>>>>>

Les Cagots ne pouvaient se marier qu’entre eux. Pour éviter la consanguinité ils se mariaient souvent avec un Cagot ou une Cagote d’une autre communauté. Ils n’avaient pas le droit d’aller dans les tavernes, les marchés, les boucheries. De nombreux lieux publics leur étaient interdits. Ils n’avaient pas le droit d’avoir les cheveux longs, ou d’être habillés avec certains tissus.

Il leur a été aussi interdit de rentrer dans les églises. Dans ce cas ils assistaient aux messes depuis dehors, parfois à l’abri d’un auvent. Quand ils étaient autorisés à rentrer dans l’église, une place leur était réservée à l’écart des autres croyants. Ils avaient leur propre bénitier marqué de la lettre C.

Dans de nombreux endroits, ils rentraient dans l’église par une porte qui leur était réservée. Cette porte était souvent située côté nord. Ces personnes n’étaient même pas acceptées au moment de la mort car elles étaient enterrées dans un endroit spécial du cimetière. D’ailleurs, quand les Cagots étaient assez nombreux, ils avaient leur propre cimetière.

Comment savoir si des Cagots ont vécu dans mon village ou près de chez moi ?

lieux-dits

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Vous pouvez le savoir en faisant de la toponymie, c’est-à-dire en étudiant l’origine des noms de lieux, ou des noms de rue. Pour commencer, il faut savoir que tout au long de leur histoire, les Cagots ont changé d’appellation.

Au tout début, jusqu’au XVè siècle, on les appelait les « crestias » ou « crestian » , ce qui veut dire chrétien. Sans doute parce qu’on comparait la souffrance des lépreux à celle du Christ.

A cette même époque on les appelait aussi des noms de « Lazare » et de « ladre » . Des noms de lieudits s’en rapprochent comme « Salazar », « Saint-Lézé », « Larrazet ». Plus tard, on les a nommés par des mots nouveaux, plus méprisants et injurieux, comme « Cagot », « Capot » ou « Cougot » qui expriment ce qui est sale ou laid. Il existe des rues, des quartiers, des lieudits ou des fontaines qui portent ces noms.

« Gafet » ou « Gahet » est une autre appellation. Elle pourrait venir de « gaf » qui veut dire crochet en gascon. Ce mot rappellerait la forme des mains et des doigts abîmés par la lèpre. Aux XVIIème et XVIIIème siècles ce sont les appellations de « mèstres » et « charpentiers » qui ont été utilisées. A Aubiet c’est ce terme-là qui nous a mis sur la piste des Cagots.